dimanche 31 août 2008

[Les Sens] Le toucher

La poignée de mains est le geste le plus courant dans nos civilisations, c'est une marque de respect, de sympathie, de distance, de salut ... Il peut tout vouloir dire et aussi son contraire.

A l'hôpital, comme ailleurs, on se sert la main entre collègues et avec le patient.

Certains patients vous la tendent sans attendre, d'autres vous laissent l'initiative et les derniers l'ignorent.

Je déteste serrer des mains, je ne sais à qui j'ai déjà dit bonjour quand il s'agit de collègues (la moindre omission dans ce protocole systématique et ridicule vous vaud un commérage dans la minute), je dois me laver les mains de nouveau lorsqu'il s'agit de patients.

Serrer des mains c'est prendre le risque de salir mon outil, de le blesser aussi. J'utilise ma main pour percurter l'abdomen, pour sentir un pouls, pour palper une côté cassée, pour délimiter une tuméfaction, pour caractériser un épanchement, ...

Mes mains sont précieuses.

vendredi 29 août 2008

[Les Sens] La Vue

"Je vais vous demander de retirer le haut, madame s'il vous plait."

"Même le soutient gorge ?"

"Oui c'est préférable pour placer la sonde."


La femme ne m'adresse aucun regard mais je la sens gêné. Elle sort du déshabilloir avec un linge sur sa poitrine, s'allonge sur le lit pour passer son échographie. Je la prépare comme à mon habitude et vient le moment (que je garde toujours pour la fin) où je dois retirer le linge pour placer des électrodes de suivi de l'activité électrique du coeur.

Je reste impassible face à ce que je découvre, la patiente ferme les yeux, une faible larme roule sur sa joue droite.

Je place un champ rapidement sur sa poitrine pour éviter que ne dure trop longtemps cette exposition douloureuse.

Dans ces moments là, on veut tout faire au mieux, ne pas blesser la personne. En sentant la souffrance de cette femme qui craignait de montrer cette part d'elle même, j'ai immédiatement imaginé les raisons qui pouvaient la pousser à agir ainsi : la pudeur, le manque de maturité, une mastectomie (ablation d'un sein souvent dans les cancers), une difformité ...

Rien de tout cela, Hirsutisme : elle avait une profusion de poils sur le thorax.

mercredi 27 août 2008

[Les Sens] L'Ouïe

Ecouter un souffle sur le trajet des artères rénales, ausculter les poumons ou le coeur, entendre les plaintes d'un patient, ... nos oreilles sont indispensables à notre métier de sémiologue.

Cependant ils nous seraient plus agréables parfois de ne saisir aucun sens aux sons qui nous parviennent.

J'installe une femme obèse sur un lit, je lui explique que le médecin aura du retard parce qu'il a eu une urgence chirurgicale (cette fois ci, la justification était vraie, il ne s'agissait pas pour le médecin de prendre une pause méritée alors qu'il avait tout de même 1 heure de retard ou de répondre aux sollicitations d'un confrère) et je lui demande de rester allongée pour être prête au moment où le médecin reviendra.

Cette femme reste très polie et aimable devant moi. Je m'éclipse pour coder les actes et autres formalités administratives qui empoisonnent la vie de tout le monde (sans qu'il y ait de véritables mieux pour les assurés ou le personnel soignant).

J'entends alors venant de la pièce adjacente une femme hurler, demandant à une autre personne qu'elle aille se renseigner parce qu'il était inadmissible qu'on la fasse attendre ainsi. Ses cris retentirent jusqu'au fond du couloir où attendaient d'autres patients pour leur consultation.

Je me rends immédiatement dans la pièce où j'avais installé cette femme ventripotente, elle me sourit et me demande immédiatement s'il y en a encore pour longtemps parce qu'elle commence à avoir sommeil à rester allongée. Je m'aperçois alors que dans la pièce, il y avait une troisième personne qui pourrait être la fille de la première (même visage, même corpulensce mais regard fuyant). Je sors de nouveau de la pièce étonné de m'être trompé sur l'origine des cris.

Mais ces derniers reprennent, la femme hurle sur une autre personne lui disant qu'elle est abjecte, qu'elle devrait se soucier davantage du bien être de sa mère, qu'elle doit se débrouiller pour hâter ce "***** de toubib".

Je décidai de m'installer dans la pièce avec les deux femmes jusqu'à l'arrivée du médecin, les cris cessèrent, un infirmier qui était venu me rejoindre m'interrogea du regard pour savoir si je savais quoi que se soit ou si j'avais fait quelque chose.

Je n'avais rien fait, seulement attendre en compagnie de ces deux femmes, l'une répondant enjouait aux quelques mots que je sortais pour tenir la conversation et l'autre regardant ses pieds ou sa montre.

A quoi cela sert-il de préserver des apparences face à une tiers personne pour que celles ci s'écroulent aussi facilement une fois la porte si mal refermée ?

lundi 25 août 2008

[Les Sens] L'odorat

Premier billet d'une série sur les sens du médecin.

S'il est un des sens fort utile au médecin, c'est bien l'odorat bien que l'homme soit moins doté que ses animaux de compagnie.

J'entre dans cette pièce pour la réalisation d'une échographie, je commence à installer le patient et déjà une odeur forte de salami me saisit. Je ne sais pourquoi j'associe les odeurs les plus désagréables à celles du salami.

Je regarde cet homme d'une cinquantaine d'années, le teint vineux, le sourire édenté, la boule à zéro qui est vêtu d'un pantalon noir constellé de tâches de gras, un T-shirt qui devait être de couleur blanche. J'essaie d'être poli, de ne pas faire remarquer à quel point son odeur m'incommode.

Mon travail étant fini, je pars. Je laisse le cardiologue réaliser son écho. Je reviens peut être cinq minutes plus tard pour s'avoir si l'on avait dépassé le stade de la coupe grand axe du coeur (une des premières incidences d'une échocardiographie) mais, de nouveau, c'est l'odeur du patient qui me hape, elle est plus forte encore, a complètement envahi la pièce, elle commence déjà à imprégner les tissus.

La population d'un hôpital est variée, les plus aisés cotoient les plus pauvres mais qu'est-ce qui peut pousser un être humain à prendre si peu soin de lui même, à oublier de se laver depuis certainement des mois, à ne pas avoir à l'esprit (alors qu'il était complètement valide) qu'il pourrait faire l'effort de se laver avant de venir à l'hôpital.

Bien sûr, je plains cet homme, je n'ai rien dit parce que je ne connais pas ses raisons et que je ne veux pas les connaître, c'est une façon de ne pas l'accabler, de ne pas l'humilier et aussi de me protéger pour ne pas m'attacher.


L'odorat est utile pour reconnaître le tabagique chronique, l'alcoolique (ce que tout un chacun peut débusquer) mais la classique odeur de pomme verte d'un coma acido cétosique ...

samedi 23 août 2008

Principe de ce Blog

Je ne vais pas faire des pages et des pages sur un sujet maintes et maintes fois traité ... D'ailleurs je me répéte déjà.

Morphine en passant sera l'occasion de publier des billets d'humeur courts sur mon métier : la médecine.