Premier billet d'une série sur les sens du médecin.
S'il est un des sens fort utile au médecin, c'est bien l'odorat bien que l'homme soit moins doté que ses animaux de compagnie.
J'entre dans cette pièce pour la réalisation d'une échographie, je commence à installer le patient et déjà une odeur forte de salami me saisit. Je ne sais pourquoi j'associe les odeurs les plus désagréables à celles du salami.
Je regarde cet homme d'une cinquantaine d'années, le teint vineux, le sourire édenté, la boule à zéro qui est vêtu d'un pantalon noir constellé de tâches de gras, un T-shirt qui devait être de couleur blanche. J'essaie d'être poli, de ne pas faire remarquer à quel point son odeur m'incommode.
Mon travail étant fini, je pars. Je laisse le cardiologue réaliser son écho. Je reviens peut être cinq minutes plus tard pour s'avoir si l'on avait dépassé le stade de la coupe grand axe du coeur (une des premières incidences d'une échocardiographie) mais, de nouveau, c'est l'odeur du patient qui me hape, elle est plus forte encore, a complètement envahi la pièce, elle commence déjà à imprégner les tissus.
La population d'un hôpital est variée, les plus aisés cotoient les plus pauvres mais qu'est-ce qui peut pousser un être humain à prendre si peu soin de lui même, à oublier de se laver depuis certainement des mois, à ne pas avoir à l'esprit (alors qu'il était complètement valide) qu'il pourrait faire l'effort de se laver avant de venir à l'hôpital.
Bien sûr, je plains cet homme, je n'ai rien dit parce que je ne connais pas ses raisons et que je ne veux pas les connaître, c'est une façon de ne pas l'accabler, de ne pas l'humilier et aussi de me protéger pour ne pas m'attacher.
L'odorat est utile pour reconnaître le tabagique chronique, l'alcoolique (ce que tout un chacun peut débusquer) mais la classique odeur de pomme verte d'un coma acido cétosique ...
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