mercredi 27 août 2008

[Les Sens] L'Ouïe

Ecouter un souffle sur le trajet des artères rénales, ausculter les poumons ou le coeur, entendre les plaintes d'un patient, ... nos oreilles sont indispensables à notre métier de sémiologue.

Cependant ils nous seraient plus agréables parfois de ne saisir aucun sens aux sons qui nous parviennent.

J'installe une femme obèse sur un lit, je lui explique que le médecin aura du retard parce qu'il a eu une urgence chirurgicale (cette fois ci, la justification était vraie, il ne s'agissait pas pour le médecin de prendre une pause méritée alors qu'il avait tout de même 1 heure de retard ou de répondre aux sollicitations d'un confrère) et je lui demande de rester allongée pour être prête au moment où le médecin reviendra.

Cette femme reste très polie et aimable devant moi. Je m'éclipse pour coder les actes et autres formalités administratives qui empoisonnent la vie de tout le monde (sans qu'il y ait de véritables mieux pour les assurés ou le personnel soignant).

J'entends alors venant de la pièce adjacente une femme hurler, demandant à une autre personne qu'elle aille se renseigner parce qu'il était inadmissible qu'on la fasse attendre ainsi. Ses cris retentirent jusqu'au fond du couloir où attendaient d'autres patients pour leur consultation.

Je me rends immédiatement dans la pièce où j'avais installé cette femme ventripotente, elle me sourit et me demande immédiatement s'il y en a encore pour longtemps parce qu'elle commence à avoir sommeil à rester allongée. Je m'aperçois alors que dans la pièce, il y avait une troisième personne qui pourrait être la fille de la première (même visage, même corpulensce mais regard fuyant). Je sors de nouveau de la pièce étonné de m'être trompé sur l'origine des cris.

Mais ces derniers reprennent, la femme hurle sur une autre personne lui disant qu'elle est abjecte, qu'elle devrait se soucier davantage du bien être de sa mère, qu'elle doit se débrouiller pour hâter ce "***** de toubib".

Je décidai de m'installer dans la pièce avec les deux femmes jusqu'à l'arrivée du médecin, les cris cessèrent, un infirmier qui était venu me rejoindre m'interrogea du regard pour savoir si je savais quoi que se soit ou si j'avais fait quelque chose.

Je n'avais rien fait, seulement attendre en compagnie de ces deux femmes, l'une répondant enjouait aux quelques mots que je sortais pour tenir la conversation et l'autre regardant ses pieds ou sa montre.

A quoi cela sert-il de préserver des apparences face à une tiers personne pour que celles ci s'écroulent aussi facilement une fois la porte si mal refermée ?

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